Le travailleur oublié de la Bourgogne
Travailleur né au cœur de la Bourgogne, le cheval de trait Auxois a subi de plein fouet l’arrivée des machines agricoles au XXe siècle. Autrefois indispensable aux travaux des champs, il a vu son rôle décliner avec la motorisation des campagnes. Résultat : l’Auxois est aujourd’hui la race de trait la plus menacée de France.
À peine un peu plus d’une centaine de poulains voient le jour chaque printemps, un chiffre alarmant qui rend la sauvegarde de la race urgente.
Auxois : un territoire et une histoire
Le territoire de l’Auxois s’étend dans le sud-ouest du département de la Côte-d’Or, une zone au terroir riche, réputée pour ses grands vins et sa gastronomie généreuse. C’est dans cette région de traditions que le cheval Auxois trouve ses racines.
Mais pour remonter encore plus loin, il faut se diriger vers Solutré, en Saône-et-Loire, près de Mâcon. Ce célèbre escarpement rocheux, rendu populaire par les pèlerinages annuels du président François Mitterrand, cache un passé bien plus ancien. En 1886, des archéologues y découvrent un gigantesque amas d’ossements équins, vestiges du Paléolithique supérieur, époque où Homo sapiens chassait le cheval pour se nourrir.
De là naît la légende du cheval de Solutré, ancêtre symbolique du trait Auxois. Bien sûr, le cheval d’aujourd’hui n’est pas un fossile vivant, mais cette filiation imaginaire souligne à quel point cet animal est lié à l’histoire profonde de la région.
Une construction humaine : entre force et sélection
Avant de devenir le cheval que nous connaissons, le trait Auxois a été modelé par l’homme. À partir de races locales, les éleveurs ont introduit du sang trait du Nord et trait Ardennais pour gagner en masse et en puissance. Au XIXe siècle, des croisements avec des Percherons et des Boulonnais viennent parfaire le type recherché.
Le berceau d’élevage se situe autour du haras de Cluny, dans une région aux pâtures riches et nourrissantes, propices au développement d’un cheval grand, solide et endurant.
Ses caractéristiques
- Taille : entre 1,60 m et 1,70 m
- Poids : de 800 à 1 000 kg
- Robe : Rouanne, baie, aubère ou alezane (ces quatre robes sont reconnues)
- Caractère : calme, doux, rustique, docile et courageux. Peu exigeant en entretien.
Par sa stature massive et harmonieuse, le trait Auxois est l’un des plus grands gabarits parmi les races de trait françaises.

Un renouveau par l’usage moderne
Depuis les années 1990, les éleveurs se battent pour réinventer les usages du cheval Auxois et lui offrir une seconde vie. Ainsi, on le retrouve aujourd’hui dans :
- le débardage forestier (écologique et doux pour les sols),
- l’attelage de loisirs et de tourisme,
- l’entretien des espaces naturels,
- ou même la médiation animale grâce à son tempérament placide.
En 1998, un Centre de Promotion du Trait Auxois voit le jour à Bierre-lès-Semur. Il a pour mission de valoriser la race, d’organiser des démonstrations, de former les professionnels et de sensibiliser le grand public.
Un patrimoine à protéger
Le Trait Auxois est plus qu’un animal de trait : il est un symbole vivant de l’histoire rurale bourguignonne. Sa silhouette massive incarne un mode de vie respectueux de la nature, une tradition agricole fondée sur l’effort, la patience et le lien entre l’homme et l’animal.
Face à la menace d’extinction, il devient urgent de :
- soutenir les éleveurs passionnés,
- intégrer ces chevaux dans des projets de développement durable,
- et faire connaître ce géant paisible au grand public en partageant cet article
Conclusion : et si c’était à nous de tirer le trait ?
Préserver le cheval de trait Auxois, c’est faire le choix d’un avenir où le patrimoine, l’écologie et la ruralité ont toute leur place. Chaque soutien compte pour que ce colosse au cœur tendre continue de fouler les terres de Bourgogne pendant encore de nombreuses générations.
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